mercredi 2 février 2011

Hammurabi et Mari: une histoire complexe.

Hammurabi (1792 – 1750 av. notre ère). Nom célèbre d’un roi immortellement lié à celle d’une pierre haute de 2,5 mètres sur laquelle sont inscrites les codes de loi de la cité de Babylone. Premier grand roi de Babylone, il a réuni autour de sa cité un vaste empire, jusqu’à se faire nommer du titre de « roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre régions, roi de l’univers ». Qui peut mieux faire ? De ce roi, nous savons à la fois fort peu de choses car l’archéologie à Babylone est devenu impossible depuis une vingtaine d’années, mais certaines parties de son long règne – 42 ans – nous sont relatées avec beaucoup de précisions par les archives royales de Mari, miraculeusement conservées sous la terre et découvertes par André Parrot en 1933.


Justement : Mari ! La voilà cette cité, lumière de la recherche archéologique au Moyen-Orient aujourd’hui. La ville, fouillée par Jean Margueron et Pascal Butterlin à présent, recèle encore des trésors archéologiques et épigraphiques, admirablement conservés sous plusieurs mètres de sable qui se sont empilés sous le poids des millénaires et … de l’incendie de la ville ordonné par - vous l’aurez deviné - Hammurabi.


Le souverain de Babylone a-t-il toujours été en guerre contre son voisin Mariote ? La correspondance diplomatique de cette période nous enseigne que non. Au contraire ! Hammourabi a longtemps soutenu Zimri-Lim, roi de Mari, lorsque cette dernière était menacée par Ibal-pi-El II, roi d’Eshnunna vers 1770. Une fois la paix conclue entre Mari et Eshnunna, Hammurabi négocie avec Zimri-Lim pour le partage de la cité de Hît qui devient leur frontière commune. Mais cette « entente cordiale » ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Ils s’allient pour la première fois militairement pour anéantir Eshnunna à la demande du sukkal d’Elam Siwepalarhuhpak, avant de faire front ensemble contre ce dernier devenu un envahisseur. De leur succès – difficile – Hammurabi en tire un prestige nouveau et se fait reconnaître comme le défenseur de la Mésopotamie. Le babylonien serait-il devenu prétentieux ?


Profitant de la bienveillance de Zimri-lim – ou plutôt de sa candeur – Hammurabi embarque les régiments militaires mariotes contre le décadent royaume de Larsa, au sud, et s’empare alors de toute la Mésopotamie (1763). Zimri-lim, prévenu du nouvel appétit militaire et territorial de son allié, réclame à plusieurs reprises le retour de ses hommes et de ses généraux. Hammurabi reçoit les ambassades venues de Mari et les rassure : les troupes rentreront bientôt. Usant une nouvelle fois des troupes mariotes, Hammurabi anéantit une dernière fois Eshnunna.


S’en est trop pour Zimri-Lim : il se retourne contre son ancien allié ; ou est-ce le contraire ? Impossible de trancher pour nous car les sources s’arrêtent en cette année fatidique de 1760. Hammurabi prend Mari et la détruit dans un gigantesque incendie. Nous pouvons lui en être reconnaissant : grâce à sa cruauté, ce qui n’a pas été détruit par l’Euphrate au cours des deux millénaires après sa destruction, a été parfaitement conservé sous le sable. Pourquoi avoir détruit Mari plutôt que d’occuper cette place stratégique sur le fleuve à l’entrée de la Mésopotamie ? Le fait que le souverain babylonien est ordonné à ses scribes de trier les archives de la cité avant sa destruction prouve qu’Hammurabi a voulu subtiliser des informations à la postérité. Des renseignements que seul un ancien allié pouvait savoir ! L’aide que lui a apporté Mari pour construire toute sa gloire peut-être ?


Trouverons-nous un jour ces fameuses archives cachées un jour ? Vivement de nouvelles fouilles à Babylone !


(Image: procession à Mari, reste de peinture de la cour du palais)

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