Tibère, Séjan et Macron : intrigues et trahisons sous l’Empire romain
Macron n’a pas toujours été un président de la République. Il fut aussi un serviteur parfois mal avisé de l’Empire Romain ! Son homonyme évidemment. L’Empire romain a toujours été un théâtre de pouvoir où se jouent les plus sombres ambitions. Parmi les règnes marqués par la manipulation et la trahison, celui de Tibère (14-37 ap. J.-C.) se distingue par une tension permanente et une atmosphère de complots. Au cœur de cette période trouble, deux hommes vont graviter autour du pouvoir impérial : Séjan, le tout-puissant préfet du prétoire, et le fameux Macron, son successeur. Leur rivalité et leurs ambitions vont faire vaciller Rome et précipiter des destins funestes.
Lorsque Tibère monte sur le trône après la mort d’Auguste, il hérite d’un empire puissant mais fragile. Auguste avait bâti un régime habilement déguisé en République restaurée, mais la réalité était tout autre : Rome était une monarchie de fait. Tibère, fils adoptif d’Auguste, n’a jamais eu la popularité de son prédécesseur. Taciturne, austère et méfiant, il n’inspire ni enthousiasme ni affection. Le peuple de Rome le considère comme un dirigeant froid et distant, et le Sénat, malgré un respect feint, le craint davantage qu’il ne l’admire. Dès le début de son règne, l’empereur impose un contrôle strict, usant de la répression contre ceux qui osent remettre en cause son autorité. Dans cette atmosphère pesante, un homme commence à se distinguer : Sextus Aelius Sejanus, dit Séjan, préfet du prétoire.
Dès 15 ap. J.-C., Séjan devient le chef de la garde prétorienne. Ce corps d’élite, chargé de la sécurité de l’empereur, n’a jamais eu autant de pouvoir. Séjan comprend vite que contrôler la garde, c’est avoir un levier sur le trône lui-même. Son ascension est patiente et méthodique. Séjan ne se précipite pas. Il commence par isoler Tibère, s’attaquant à son entourage proche. Son coup le plus marquant ? L’élimination de Drusus, le fils unique de Tibère. Selon les sources antiques, Séjan aurait convaincu Livilla, l’épouse de Drusus, d’empoisonner son propre mari. Avec la mort de l’héritier présomptif en 23 ap. J.-C., Séjan élimine un rival potentiel et se rapproche du cœur du pouvoir. Désormais, il devient le conseiller incontournable de Tibère. Il parvient à le persuader de renforcer la garde prétorienne et de la regrouper dans un camp militaire à Rome, renforçant ainsi sa propre autorité. Mais son plus grand triomphe est d’éloigner Tibère lui-même.
En 26 ap. J.-C., Séjan convainc l’empereur de quitter Rome pour s’installer dans sa luxueuse villa de Capri. Officiellement, Tibère se retire pour fuir l’agitation de la capitale et se consacrer à l’administration de l’Empire en toute tranquillité. Mais la réalité est plus sombre : il fuit surtout un climat de complots et de trahisons qui le dégoûte. Dès lors, Rome devient le royaume de Séjan. Il gouverne en son nom, écrase ses opposants et instaure un climat de terreur. La loi de lèse-majesté, qui punit toute offense à l’empereur, devient une arme redoutable. Un simple mot, une allusion, un regard mal interprété peuvent conduire à une condamnation. Sénateurs, chevaliers, simples citoyens : les dénonciations pleuvent, les procès s’enchaînent, les exécutions se multiplient. Agrippine l’Aînée, veuve de Germanicus et rivale potentielle de Séjan, est exilée et meurt de faim. Ses fils, considérés comme des héritiers légitimes du trône, sont persécutés et exécutés. Séjan croit avoir tout sous contrôle. Mais il ignore qu’en s’élevant si haut, il attire inexorablement le regard méfiant de Tibère.
Tibère, reclus à Capri, n’est pas aussi aveugle que Séjan l’espère. Des rumeurs lui parviennent : Séjan ne cherche plus seulement à gouverner à sa place, il veut le trône. L’empereur décide d’agir avec patience. Il trouve un nouvel homme de confiance : Quintus Naevius Sutorius Macro, un officier loyal et ambitieux. Le 18 octobre 31, Séjan est convoqué au Sénat. Il pense recevoir un titre honorifique, une nouvelle preuve de son pouvoir absolu. Mais lorsque la lettre de Tibère est lue, l’atmosphère change. Le texte accuse Séjan de trahison. Pris au piège, il est arrêté sur-le-champ. Sa chute est aussi rapide que son ascension fut fulgurante. Le soir même, il est étranglé en prison. Son cadavre est exposé aux foules, traîné dans les rues de Rome, livré aux insultes et aux crachats. Sa famille est massacrée dans une purge sans pitié.
Après la mort de Séjan, Macron devient le nouvel homme fort du régime. Il dirige Rome d’une main de fer, assurant à Tibère que la stabilité est revenue. Mais l’empereur, vieillissant et méfiant, se replie encore plus sur lui-même. Lorsque Tibère meurt en mars 37, Macron soutient Caligula, fils de Germanicus, pour assurer la transition du pouvoir. Il pense gouverner dans l’ombre, mais il sous-estime la cruauté du jeune empereur. Rapidement, Caligula se méfie de Macron. Le nouveau souverain n’aime pas les hommes qui l’ont aidé à monter sur le trône. Quelques mois après son avènement, il force Macron au suicide.
La disparition de Tibère reste sujette à controverse. Selon Suétone et Tacite, l’empereur, à l’article de la mort, aurait semblé expirer… avant de se réveiller soudainement. Pris de panique, les courtisans auraient alors ordonné à Macron de l’étouffer sous des couvertures pour s’assurer qu’il ne reprenne pas le pouvoir. Une scène digne d’une tragédie romaine. Mais cette version est-elle vraie ? Tibère avait 77 ans, un âge avancé pour l’époque. Il souffrait depuis des années de divers maux. Il est possible qu’il soit mort naturellement et que l’histoire de son assassinat ait été une invention destinée à glorifier Caligula.
L’histoire de Tibère, Séjan et Macron illustre l’impitoyable jeu du pouvoir à Rome. Séjan, le stratège, a cru pouvoir contrôler l’Empire, mais il a sous-estimé la méfiance de Tibère. Macron, le fidèle exécuteur, a voulu s’imposer sous Caligula, mais il a été balayé à son tour. À Rome, le pouvoir est une arme à double tranchant : il élève les ambitieux, mais finit toujours par les dévorer.
Tacite, Les Annales
Suétone, Vie des douze Césars
Pierre Grimal, Tibère, Fayard, 2001
Arnaldo Momigliano, Séjan et la garde prétorienne, PUF, 1984
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