Pépi II : Le Pharaon au Règne le Plus Long de l'Histoire

Il y a au moins 15 ans, j’écrivais des articles rémunérés sur internet. Oh, je ne gagnais pas grand chose. Quelques centimes à peine. J’ai vite arrêté. Le site en question m’avait commandé un article sur Pépi II. Je ne savais pas bien pourquoi. J’ai vite compris. 94 ans de règne vaut bien un article.  Le site n’existe plus et à l’image de Pépi II, mon article est tombé dans l’oubli. C’est donc un bon moment pour moi de vous ré-emmener en Egypte. Imaginez un enfant de six ans, à peine sorti de l’innocence, portant déjà sur ses frêles épaules le poids d’un empire millénaire. Ce jour-là, dans la vaste cité de Memphis, sous un ciel brûlant, le peuple d’Égypte acclame leur nouveau souverain. Les tambours résonnent en un grondement profond, des flots d’encens s’élèvent dans l’air et les prêtres, parés d’or et de lin immaculé, chantent les hymnes à la gloire de l’enfant-roi. Pépi II, dernier grand roi de l’Ancien Empire, entame son règne en 2278 av. J.-C., sous les auspices d’une civilisation à son apogée. Mais sous la surface de cette grandeur, des fissures commencent à apparaître. Son nom traversera près d’un siècle, son règne deviendra une légende… mais à son crépuscule, l’Égypte plongera dans le chaos.

Lorsqu’il monte sur le trône à l’âge de six ans, Pépi II succède à son père, Merenrê Ier, mort prématurément. L’enfant se retrouve propulsé à la tête d’un royaume immense, unifié depuis des siècles sous l’autorité divine des pharaons. L’Égypte est alors un empire stable et prospère. Memphis, sa capitale, est un centre névralgique où se croisent commerçants, prêtres et scribes. Les temples resplendissent sous le soleil, leurs colonnes imposantes se dressent telles des arbres immortels. Les expéditions en Nubie rapportent or, ivoire et esclaves, tandis que la mer Rouge ouvre la voie vers des terres inconnues. Les cérémonies sont somptueuses. Les prêtres, vêtus de lin purifié, brandissent leurs sceptres dorés tandis que des chants envoûtants résonnent sous les voûtes sacrées. Le parfum d’encens, lourd et sucré, envahit l’air comme une offrande invisible aux dieux. Mais un enfant ne gouverne pas seul. C’est sa mère, la puissante Ankhesenpépi II, qui assure la régence. Son ombre veille sur l’enfant comme un aigle protégeant son nid, entourée de vizirs et de hauts fonctionnaires qui dirigent les affaires du royaume en attendant que le jeune roi puisse prendre les rênes du pouvoir.


À cette époque, un épisode célèbre témoigne de la jeunesse encore intacte de Pépi II. Une lettre envoyée à Harkhuf, gouverneur de Nubie, relate son excitation à l’idée de recevoir un pygmée danseur, trésor exotique destiné à émerveiller la cour. Ce moment d’innocence, gravé dans la pierre des tombeaux, contraste étrangement avec le poids qui pèsera sur lui toute sa vie.

Les décennies passent. Pépi II devient un homme et règne d’une main ferme, perpétuant la tradition de ses ancêtres. Les expéditions se poursuivent, le commerce avec la Nubie et le Proche-Orient demeure florissant, et les temples continuent de recevoir des offrandes somptueuses. Les fêtes religieuses, grandioses et éclatantes, offrent un spectacle magnifique où se mêlent processions fastueuses, rituels mystérieux et danses sacrées. Pourtant, une sourde menace se glisse dans les murmures des couloirs de Memphis. Depuis plusieurs générations, les nomarques — gouverneurs des provinces éloignées — renforcent leur pouvoir. D’abord fidèles serviteurs du roi, ils deviennent progressivement des seigneurs autonomes, se transmettant leurs charges de père en fils, accumulant richesses et influence. Le désert s’insinue jusque dans la ville. Des grains de sable balayés par le vent se déposent sur les dalles des palais autrefois étincelants. La pyramide de Pépi II, en construction depuis des décennies, semble s’élever avec peine, sa silhouette inachevée défiant l’horizon comme une promesse brisée.

Pépi II est désormais un vieillard. Il a plus de 90 ans. Ses mains tremblent en tenant les parchemins, ses yeux fatigués cherchent des réponses dans les rapports confus que lui transmettent ses fonctionnaires. Dehors, les murs du palais semblent se craqueler comme l’empire lui-même. Les crues du Nil, autrefois généreuses, se montrent capricieuses. Les terres, desséchées par la chaleur, deviennent stériles. Des villages entiers meurent de faim. Les nomarques, eux, continuent d’amasser richesses et privilèges, indifférents aux appels désespérés du pharaon. Des stèles érodées par le vent portent encore des inscriptions vantant la gloire passée de Pépi II. Mais leurs mots se mêlent à la poussière, leurs récits de grandeur s'effacent lentement, consumés par l’oubli.


Pépi II meurt presque centenaire, dans un anonymat presque complet, emporté par le temps. Son règne, pourtant le plus long de l’histoire, n’a pas su empêcher l’inévitable. L’Égypte s’enfonce alors dans ce que les historiens nommeront plus tard la Première Période Intermédiaire. Les rivalités intestines, l’effondrement de l’autorité centrale et les luttes entre petits seigneurs achèvent de déchirer le royaume. Aujourd’hui, son nom demeure gravé dans l’Histoire. Non pas comme le souverain qui régna le plus glorieusement, mais comme celui qui, malgré un règne interminable, n’a pu empêcher la chute de l’Ancien Empire.


Sources: 

les ouvrages de Gustave Jéquier sur l'oeuvre de Pépi II

Claude Carrier, Textes des pyramides de l'Égypte ancienne. Tome 3 : Textes de la pyramide de Pépi II, 2010.


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