La guerre la plus longue de l’histoire : 335 ans de tension insoutenable…

En cours de géopolitique, j’ai été amené à parler du conflit le plus long. C’est une histoire amusante et j’ai ri d’avance à l’idée de vous la raconter, un peu comme l’histoire tout aussi burlesque que celle de la ville de Baarle. Partons au XVIIe siècle.Imaginez un conflit si féroce que les armes n’ont jamais eu besoin d’être dégainées. Une guerre si intense qu’aucun soldat n’a eu à lever le petit doigt. Et pourtant, elle a duré plus longtemps que toutes les autres guerres de l’histoire réunies. Bienvenue dans l’un des plus grands exploits militaires de tous les temps : la guerre entre les Pays-Bas et les Îles Scilly, un conflit si dramatique que personne ne s’en est souvenu pendant 335 ans.


Nous sommes en 1651, en pleine guerre civile anglaise. D’un côté, les forces parlementaires d’Oliver Cromwell qui traquent les derniers fidèles du roi Charles Ier. De l’autre, une poignée de royalistes désespérés qui, chassés du territoire anglais, trouvent refuge sur un archipel perdu au large des Cornouailles : les Îles Scilly. Bon, « refuge » est un grand mot. Ces îles ne sont ni fortifiées ni stratégiques, juste un amas de rochers battus par les vents, parfait pour une retraite forcée. Mais nos royalistes, bien qu’assiégés, n’ont pas dit leur dernier mot. Ils continuent à harceler la marine hollandaise, qui, elle, soutient Cromwell et ses parlementaires. C’est là que les Pays-Bas entrent en scène. À cette époque, c’est une puissance maritime redoutable, qui domine les routes commerciales et impose son influence sur les mers. Voir ses navires attaqués par une poignée de marins exilés sur un confetti d’île ? Inacceptable ! Le 30 mars 1651, les Hollandais décident de réagir avec la plus grande fermeté. Et par « fermeté », nous entendons… une déclaration de guerre solennelle.


Un problème, cependant : ils n’ont jamais attaqué.

Ni débarquement spectaculaire, ni bombardement nocturne, pas même un petit tir de sommation pour marquer le coup. Peut-être que les amiraux néerlandais ont jugé que se fatiguer à envahir des îles si insignifiantes n’en valait pas la peine. Ou alors, ils ont tout simplement oublié d’envoyer la flotte. Peu importe, car quelques mois plus tard, les Parlementaires anglais reprennent l’archipel. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Car en chassant les royalistes, ils rendent la guerre entre les Pays-Bas et les Îles Scilly complètement caduque… mais, détail amusant, personne ne pense à signer la paix.


Et voilà comment la guerre la plus inutile de l’histoire est entrée dans la légende.


Alors que l’Europe sombre dans les guerres napoléoniennes, puis les deux guerres mondiales, un autre conflit se poursuit dans l’ombre. Un affrontement silencieux, où aucun espion ne s’infiltre, où aucun général ne dresse de plan d’attaque. Pendant 335 ans, les habitants des Îles Scilly ont vécu dans la crainte inconsciente d’un assaut néerlandais qui ne viendra jamais. Chaque matin, ils auraient pu se réveiller avec la même angoisse : « Est-ce aujourd’hui que les Hollandais nous envahissent ? » Mais non. Rien. Pas un seul navire hostile à l’horizon. Peut-être que les Pays-Bas avaient des priorités plus urgentes que d’aller conquérir un archipel de 16 km². Ou alors, ils ont simplement… oublié qu’ils étaient en guerre.


Tout aurait pu continuer ainsi pendant encore un millénaire si un historien britannique, passionné par les conflits oubliés, n’avait pas décidé de fouiller dans les archives. En 1986, il met au jour une anomalie diplomatique des plus surprenantes : officiellement, les Pays-Bas et les Îles Scilly sont toujours en guerre. La nouvelle, aussi absurde qu’inattendue, suscite un certain étonnement au sein des autorités locales et néerlandaises. L’affaire est rapidement prise en main, et les démarches administratives sont lancées pour régulariser cette situation pour le moins anachronique. Le 17 avril 1986, un traité de paix est enfin signé, mettant officiellement un terme à 335 ans de guerre… qui n’avaient connu ni bataille, ni mobilisation, ni même la moindre velléité d’hostilité. Avec humour, le maire des Îles Scilly, Alfred Hicks, se réjouit de cette résolution tardive en soulignant qu’il est tout de même rassurant de ne plus vivre sous la menace d’une hypothétique invasion hollandaise. Avec ce traité, l’archipel a peut-être mis fin à son unique fait d’armes historique, mais il a gagné une place au panthéon des anecdotes les plus absurdes de l’histoire. Car finalement, cette guerre nous enseigne une vérité essentielle : Un conflit peut durer des siècles sans que personne ne s’en rende compte.


Richard Larn, The Isles of Scilly in the Great War, 2017 (ne parle pas directement du conflit mais y fait allusion)


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