Carthage
Carthage est fondée en -814. Selon la légende, un groupe de Tyriens (cité au Liban) conduit par la reine Elissa (ou Didon de son nom latin) s’installe sur le site africain. Depuis longtemps, les Phéniciens sillonnent la Méditerranée et créent des comptoirs. La cité prend le nom de Qart Hadasht (Karchêdon en grec et Carthage en latin) ce qui signifie « la nouvelle ville ». La cité s’étend progressivement au cours des siècles. Elle se situe d’abord sur la colline de Byrsa qui accueille l’acropole pour recouvrir une superficie de 2000 hectares avec ses ports, ses arsenaux, ses immeubles, ses villas, ses temples, ses ateliers, ses boutiques, ses nécropoles, ses jardins et ses vergers. L’ensemble est entrecoupé d’un lacis de ruelles pavées et de grandes avenues conduisant aux portes de la ville. Une double enceinte aux énormes remparts entoure l’acropole.
Au départ, Carthage reste dans la mouvance de Tyr. Elle prend son autonomie lorsque la cité mère perd son indépendance au profit des rois de Ninive. Elle devient une monarchie héréditaire, avant que l’autorité passe aux mains d’une aristocratie marchande. A la tête de l’Etat et élus pour une année, les suffètes détiennent le pouvoir exécutif et président les réunions des assemblées. Il en existe deux : le Grand Conseil et le Conseil des Anciens. Des commissions gèrent tous les aspects de la vie politique, sociale et économique. Il y a également le tribunal des Cents Quatre, haute cour de justice dont dépend la sûreté générale. D’autre part, la constitution prévoit une assemblée ouverte à tous les habitants libres de la cité, qui vote pour certaines magistratures et donne son avis sur les grandes affaires.
Les Puniques n’ont pas le préjugé du sang. Ils contractent volonté des mariages avec des étrangers. Par exemple, Hannibal Barca (le père du fameux Hannibal) épouse une Espagnole. Ces mariages mixtes favorisent l’intégration des Carthaginois parmi les peuples méditerranéens. Les Carthaginoises, et plus en encore les prêtresses, jouissent d’une plus grande liberté que les autres femmes du bassin méditerranéen. Nous ne savons pas grand-chose de la religion punique et des cultes pratiqués. Avec la destruction de la bibliothèque de Carthage en -146, aucun texte punique sur la mythologie ne nous est parvenus. Les deux principales divinités du panthéon sont Baal et la Dame Tanit. Le culte est assuré par une hiérarchie de prêtres et prêtresses dirigeant les temples. La religion punique a particulièrement retenu l’attention pour les sacrifices humains qu’elle réclamait et dont les victimes sont parfois des prisonniers de guerre.
La prospérité de Carthage provient de son port, véritable cœur de la
cité, se situant sur une position clé à hauteur du détroit de Sicile,
permettant ainsi de contrôler le passage entre les deux versants de la
Méditerranée. La cité demeure durant des siècles le plus important centre
d’import-export de Méditerranée orientale. Les entreprises sont spécialisées
dans la production d’articles en série de qualité médiocre. Parmi toute la
production sortant des fours, il y a la vaisselle, mais aussi les figurines
représentant des déités, visant à écarter les mauvais esprits. Les verriers
confectionnent eux aussi des amulettes protectrices à côté de leurs flacons,
bijoux et vases. Bien que doté d’une redoutable marine, Carthage ne chercha
jamais à s’imposer comme une puissance militaire. Elle se sert de sa force
uniquement pour maintenir son hégémonie commerciale, en assurant le rôle de
gendarme des mers. Elle protège ses comptoirs et interdit toute incursion
étrangère sur ses zones d’influence. En cas de guerre, la cité recrute des
mercenaires pour la plupart africains ou ibériques. Les armées sont dirigés par
des généraux.
Carthage se heurte à Rome qui étend de plus en plus ses territoires et sa zone d’influence. En hommes d’affaires avisés, les Carthaginois investissent une partie de leurs bénéfices commerciaux dans l’agriculture. Les marchands se reconvertissent pour former une aristocratie terrienne accaparant les terres. Dès la première guerre punique (-264/-241), Carthage perd l’hégémonie maritime en Méditerranée occidentale dont les grandes îles (Sicile, Corse, Sardaigne) passent sous le contrôle de Rome. En compensation, la cité s’empare de la moitié méridionale de l’Espagne, avec la fondation de Carthagène en -221. Carthage s’accapare les richesses minières du pays. Malgré le génie militaire d’Hannibal, la seconde guerre punique (-218/-202) s’achève par la défaite de Zama, où Scipion l’Africain triomphe grâce à l’aide de la cavalerie numide. Réduit à un simple canton, le territoire de Carthage se trouve à la merci de son entreprenant voisin numide. La troisième guerre (-150/-146) punique porte le coup de grâce avec la destruction entière de la cité.
Sources
Texte : François DECRET "Carthage : l’empire de la mer", in Les Grands Civilisations disparues, Reader’s Digest, Paris, 1980, pp 146-153.
Image : https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-205/carthage/
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