dimanche 1 mai 2011

Il est venu le temps des cathédrales

A partir du XIIe siècle, l’Europe se couvre de cathédrales. Ces nouveaux édifices à la gloire de Dieu, constituent le moyen d’expression de l’art gothique. Les hommes de la Renaissance lui ont donné ce nom en référence aux Goths, autrement dit des barbares. Comme tout ce qui les a précédés, les hommes du XVIe siècle, méprisent cette forme architecturale.


L’abbatiale de Saint Denis en Ile de France est considérée comme le lieu de naissance des cathédrales. Vers le milieu du XIIe siècle, l’abbé Suger profite de la rénovation du chœur, pour mettre en place de nouveaux canons. Il recherche la lumière par l’installation de vitraux et une unification de l’espace par le décloisonnement des volumes.

Trois innovations caractérisent l’art gothique. La croisée d’ogives, voute formée d’arcs en diagonales se croisant au centre, permet d’augmenter la hauteur. L’arc brisé facilite les ouvertures et accroit la taille du bâtiment. Enfin, les arcs boutants reprennent les fonctions de contreforts de l’architecture romane. D’une allure moins massive, ils n’empêchent pas la lumière de pénétrer dans le bâtiment.

L’abbé Suger conçoit l’arc gothique comme un symbole religieux et politique. En effet, Saint Denis est une abbaye royale. Le prestige architectural resplendira sur la personne du roi de France. Par la suite, la cathédrale devient le symbole du pouvoir et de la richesse de l’évêque. D’un autre côté, la cathédrale est la demeure de Dieu. En ce sens, elle est l’incarnation de la Jérusalem céleste. Les dimensions des cathédrales renvoient à des références bibliques. Notre Dame de Paris possède une hauteur de 30 pieds pour le premier niveau et de soixante pieds pour le second. Ces mesures se retrouvent dans l’Ancien Testament et correspondent aux dimensions du Temple de Jérusalem. A Amiens, le carré central mesure cinquante coudées, longueur identique à l’arche de Noé. Les cathédrales d’Amiens et de Beauvais mesurent toutes les deux 144 coudées, comme la Jérusalem céleste si on se réfère au chapitre 21 de l’Apocalypse. Seulement, les coudées d’Amiens sont en pied romain et celle de Beauvais en pied de roi, plus grand.
L’art gothique recherche un idéal au travers de la perfection et de l’harmonie. Les architectes de l’école de Chartres s’intéressent aux traités de l’Antiquité, notamment ceux de mathématiques et de géométrie. Leur travail doit honorer le Créateur, le grand architecte de l’univers.


Les cathédrales se développent dans un premier temps en Ile de France, ainsi qu’en Picardie et plus particulièrement près des carrières de calcaire, servant à façonner des pierres de taille. En effet, les carrières locales sont privilégiées, car le transport coute cher. Au milieu du XIIIe siècle, à force de creuser en profondeur, un nouveau type de calcaire est découvert. Celui-ci est plus pur et d’une plus grande solidité. Il n’est plus seulement utilisé comme pierre de taille, mais pour des ornements de façade et des sculptures d’une grande précision. Ce qu’on appelle la dentelle de pierre est l’une des caractéristiques du gothique flamboyant.
Au même instant, le bois est progressivement abandonné comme matériel de construction. Celui ci possède une énergie spirituelle forte. Le travail extrêmement technique réalisé sur la pierre lui confère une énergie spirituelle suffisante. De plus, le bois est remplacé par le fer, matériel plus résistant.
A partir du XIIIe siècle, les chantiers se mécanisent. L’eau est utilisée comme énergie motrice pour des grues, le transport et certains outils. Il s’agit par exemple du marteau hydraulique pouvant frapper jusqu’à 120 coups par minute. Cet outil permet de forger d’immenses barres de fer, servant à renforcer la structure par des opérations de cerclage. Par ailleurs, l’emploi du fer permet une plus forte élévation. Ainsi, la cathédrale de Beauvais une des plus hautes du monde, est celle contenant le plus de fer dans sa structure. Des tyrans métalliques relient les contreforts les uns aux autres pour les maintenir. Ceux-ci sont trop fins pour supporter les façades, mais les architectes voulaient laisser passer un maximum de lumière. A partir du XVe siècle, un nouveau métal apparaît sur les chantiers. Appelé fer d’Espagne, bien que ne provenant probablement pas de cette région, il est plus résistant et nécessite l’emploi de hauts fourneaux.
L’art gothique synonyme de lumière, voit apparaître le verre comme matériel de construction. Le verre est fabriqué à partir du sable et de sel. Avec l’augmentation de la demande en vitrail, les verriers remplacent le sel par de la potasse issue de cendres de bois. Si le cout de fabrication baisse, la résistance à l’eau diminue également. Les vitraux tout comme la statuaire obéissent à un programme iconographique élaboré par les clercs.


Un chantier de cathédrale dure au minimum une cinquantaine d’années, si aucun trouble financier ou politique ne vienne l’interrompre. Il regroupe un nombre important d’ouvriers : architectes, maçons, menuisiers, verriers, tailleurs de pierre, sculpteurs, forgerons, peintres, sans compter toute l’intendance. Ce nombre fluctue entre 100 et 500. Chaque corps de métier s’organise en corporation avec une hiérarchie et une division des tâches. Il s’agit d’ouvriers spécialisés, dont les qualités techniques sont reconnues. Ils se rendent sur plusieurs chantiers. D’une manière générale, ils sont bien payés entre 3 et 10 sous par jour. Ils travaillent peu l’hiver et aucunement les dimanches et les jours saints, soit une centaine de jours chômés par an.


Véritable symbole du Moyen Age, les cathédrales enracinent la foi chrétienne dans les villes et rendent hommage à Dieu, en recherchant toujours plus de hauteur et de lumière. Elles conjuguent dans un même bâtiment un élan spirituel et une prouesse technique.

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