mardi 18 janvier 2011

La controverse de Piltdown, notre faux ancêtre.

1912 est l’année qui voit la disparition tragique du Titanic. Elle est également celle d’une découverte archéologique majeure dans le domaine paléontologique.


Depuis Darwin, l’homme est un animal qui descend du singe et qui a plusieurs millions d’années d’évolution. Le monde scientifique, déboussolé par les découvertes et le déchiffrage des écritures égyptiennes et mésopotamiennes du XIXe, commence juste à douter de la parenté d’Adam et Eve sur l’humanité. Aussi, lorsqu’on découvre que les ossements humains les plus anciens proviennent d’Afrique, la toute nouvelle génération de paléontologue reste pantoise. La vieille, elle, reste attachée à une tradition plus chrétienne qui voit dans l’homme ancien l’ancêtre… de l’européen. L’Africain noir est perçu encore avec une vision colonialiste qui change très doucement au fil du temps mais dont les aprioris restent encore très ancrés dans les mœurs.


Démontrer d’où vient le premier homme, l’ancêtre ultime, le chainon manquant, celui qui s’est définitivement séparé du singe, devient alors une quête ultime. Un archéologue anglais, Charles Dawson, connu pour ses nombreuses collections d’ossements, découvre en cette année 1912 près de Piltdown, un crâne d’homme datant d’un demi-million d’année. Quelques temps plus tard, une mâchoire d’origine simiesque semblant être contemporaine du crâne humain est mise au jour par les paléontologues rendues sur le terrain. Le crâne et la mâchoire s’emboitent : voici la renaissance d’un être venu des profondeurs de la préhistoire humaine ! Pour beaucoup « l’homme de Piltdown » est le fameux chainon manquant de l’évolution et il est Anglais ! Tout à fait agréable, n’est-il pas ? Il l’est d’autant plus que Piltdown confirme les différentes thèses raciales en vogue à l’époque.


Un doute va cependant subsister. En 1920, le paléontologue allemand Franz Weidenreich affirme qu’après analyse ses conclusions sont différentes: le crâne est celui d’un homme moderne et la mâchoire celle d’un orang-outang. Il crie donc à la supercherie. Pourtant les chercheurs anglais font bloc, même quand la première moitié du XXe siècle voit les découvertes d’ossements très anciens se multiplier en Afrique et en Asie. La preuve est même faite que l’australopithèque, plus ancien, associe une mâchoire humaine à un crâne plus « simiesque ». Tout le contraire de l’ancêtre Anglais. Choquant, n’est-ce pas ! Bientôt « l’homme de Piltdown » devient un enfant illégitime de la grande famille humaine. Il ne ressemble à aucun autre de ses cousins.


Devant la controverse, le Muséum d'histoire naturelle de Grande-Bretagne se résout à demander une datation au carbonne14 en 1959. Le résultat est symbolique puisque la supercherie est déjà admise dans les milieux scientifiques depuis une bonne vingtaine d’années. Le crâne date du Moyen-Age et la mâchoire de 500 ans. Le faussaire avait habilement brisé la partie de la mâchoire qui s'articule sur le crâne afin qu'on ne pût constater la mauvaise adaptation.


Anecdote :


En 1973, Mike Oldfield, célèbre compositeur anglais de l’album Tubular Bells, intitule une de ses parties « Piltdown man » dans laquelle on entend les grognements du supposé ancêtre. Cette composition fut inspirée par les cours d’école pendant lesquels on apprenait aux petitx anglais l’existence de l’homme de Piltdown. En 2003, lors de la réédition de Tubular Bells, « Piltdown man » a disparu au profit du terme plus générique mais moins polémique de « caveman ».

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