lundi 31 août 2015

Eglise Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres)


10 juillet 1260, Jehan et Bernard, deux pèlerins poitevins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle, effectuent une halte dans le village de Melle. Après être descendus dans la vallée et rejoint la Béronne coulant en son creux, ils se rendent dans l’église Saint Hilaire du nom du premier évêque de Poitiers. La vallée est si étroite qu’une partie de l’édifice est enterrée. Ils constatent que la première travée est surélevée par rapport au reste de l’église, afin de compenser la dénivellation entre le chœur et la façade occidentale.

Jehan et Bernard rejoignent le portail du flanc nord. Dès leur arrivée, les sculptures les subjuguent. Une imposante statue orne l’entrée. Elle représente un cavalier couronné foulant aux pieds un petit personnage. Les pèlerins reconnaissent l’empereur Constantin terrassant les païens. Cette statue les rassure. Ils savant qu’au travers d’elle, le seigneur local se positionne comme le défenseur de l’Eglise et le protecteur de la population. Jehan et Bernard admirent également un calendrier représentant les travaux des mois, les signes du zodiaque et le combat des Vertus et des Vices représentés par deux femmes nues. La première voit ses seins dévorés par des chimères et la seconde est couchée sur des crapauds. Des monstres et des personnages finement sculptés ornent les chapiteaux des colonnes séparant les vitraux.
A l’intérieur, la paix et la sérénité règnent. Le plan de l’édifice facilite leur déambulation tout en les invitant à la quiétude. Ils admirent les chapiteaux offrant des très nombreuses sculptures de formes géométriques, d’animaux, de feuillage, de scène de la vie quotidienne ou historiée. Les pèlerins attentifs dénichent parmi ce foisonnement sculptural une chasse au sanglier, un arbre de vie, un sagittaire décochant sa flèche sur un cerf, des musiciens, des acrobates, des oiseaux, des dragons et des animaux fantastiques tel ce coq avec une queue de serpent. Parmi les personnages représentés sur les chapiteaux, Jehan reconnait un abbé grâce sa crosse. Quant à Bernard, il découvre, non sans difficulté, Moïse portant les Tables de la Loi et Saint Pierre avec les clés du paradis.
Ils interrogent un moine en train d’allumer des cierges. Celui-ci leur apprend qu’il fait partie du monastère de Saint-Jean d’Angély auquel appartient ce prieuré et que l’édifice tel qu’il le voit actuellement date du siècle dernier. Il existait auparavant un édifice en bois datant du Xe siècle. Ravi de voir que Jehan et Bernard s’intéressent à l’histoire de son prieuré, le moine les invite à le suivre dans le déambulatoire. Il leur désigne du doigt un chapiteau sur lequel est gravé le nom d’Aimericus Abelini.
- Cet homme a financé la construction de l’édifice, dit-il.
Après avoir remercié le moine, les deux pèlerins se recueillent et prient. Le portail sud présente la particularité d’être sculpté sur la face interne. Ainsi lorsque Jehan et Bernard quittent l’église, ils peuvent contempler sans avoir à se retourner les personnages de la Bible marchant vers les Christ. Les deux pèlerins s’identifient parfaitement à ces sculptures, eux qui se rendent à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Jehan et Bernard quittent Melle et poursuivent leur voyage. Le circuit imposé dans l’église Saint Hilaire ne les a pas fait passer par la façade occidentale. Cependant pour ces deux Poitevins, il n’y aurait eu aucune surprise. Celle-ci se compose d’un portail central surmonté de trois baies, celle du centre étant plus grande que les autres, avec un fronton encadré de deux lanternons. Il s’agit d’une construction typiquement poitevine, dans laquelle des motifs géométriques constituent le décor de l'étage supérieur. Les deux pèlerins ne verront pas les dommages importants que l’église subira durant les Guerres de religion. Ils ne verront pas non plus sa reconstruction au XVIIe siècle et surtout sa restauration entamée en 1840 par l’architecte Théophile Segrétain. Ainsi, le clocher et les vitraux actuels ne sont pas ceux vus par Jehan et Bernard. Certains vitraux sont signés des ateliers Lobin à Tours et Chappe à Nantes. De même, une sculpture de Mathieu Lehanneur, composée d’une multitude de strates de marbre blanc, remplace l’autel vers lequel ont prié les deux hommes depuis 2011. Malgré tout, Jehan et Bernard ont le sentiment d’avoir visité rencontré un édifice remarquable de l’architecture romane de leur région. En 1998, l’UNESCO donne raison aux deux marchands poitevins en inscrivant l’église Saint Hilaire au patrimoine mondial.

Source
Image : photo de Benjamin Sacchelli

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