mardi 23 juin 2015

Un Français roi d'Angleterre?

 
Nous connaissons bien l’histoire de la Guerre de Cent ans, où, comment les rois d’Angleterre réclament – légitimement il faut l’avouer – la couronne de France. Mais connaissez-vous l’histoire d’un prétendant au trône de France qui a bien failli devenir roi d’Angleterre au XVIe siècle ? Non ? Je vais vous la raconter.

Le nom de ce prétendant est assez peu connu des non-initiés à l’Histoire Moderne. Il s’agit de François de France (1555 – 1584), duc d’Alençon, frère du roi Henri III et dernier fils de Henri II et de Catherine de Médicis. Ce jeune homme a 28 ans au début de notre récit et a bien du mal à rentrer dans l’Histoire. Il dérange beaucoup à la cours de son frère qu’il empoisonne et où il essaye de se faire une place, afin de peser sur les décisions politiques. Il est notamment allié avec un certain Henri de Navarre, protestant et futur Henri IV.

Alors qu’il aspire à devenir roi des Pays-Bas, l’impétueux François est un prétendant officiel de la reine-vierge de 49 ans, Elizabeth Ier d’Angleterre. La fille d’Henri VIII et d’Anne de Boleyn est très laide mais possède déjà de nombreux prétendants dans toute l’Europe. Elle semble avoir des difficultés à franchir le pas. Les ragots de la cours racontent qu’elle a peur de l’amour et du sexe. Elle tente le rapprochement avec un homme pour la dernière fois. Ce sera le duc d’Alençon. L’aspect physique de François est également plutôt ingrat. Légèrement contrefait et le visage marqué par la petite vérole, il possède néanmoins l’éducation et  le charme français. Il parvient à plaire par son esprit, sa courtoisie et son intelligence.

A la première entrevue que la reine accorde à celui qu’elle nommait son « fiancé », celui-ci se présente à la dernière mode parisienne : petite barbiche en pointe, perles aux oreilles, toque emplumée et mantelet sur l’épaule. La reine le trouve pimpant et, assez séduite, affirme qu’elle ne le trouve pas aussi déformé que ce à quoi elle s'attendait ! Elle lui donne aussitôt le surnom de « grenouille » sans savoir que les Anglais appelleront les Français ainsi encore aujourd’hui. Durant treize jours, François se montre galant, ne cessant de comparer Elizabeth à toutes les divinités de l’Olympe (Ah la politique !). La reine rentre dans le jeu avec amusement et organise des fêtes mythologiques pour lui plaire. Elle lui offre même un anneau et montre beaucoup d’affection en public pour celui qui pourrait être son fils ! Qu’attendent-ils ? Beaucoup croit le mariage possible. Charmée, Elizabeth est tentée d’épouser François.

Malheureusement, elle y renonce ! L’opinion anglaise, qui déteste les Français après l’échec de la tragique Guerre de Cent ans et l’humiliation d’Henri VIII au Camp du Drap d’or (cliquez ici) ne peut s’y résoudre. De plus, François est catholique ! Pour faire casser l’union projetée, la reine demande des conditions insurmontables comme la restitution de la ville de Calais reprise par François de Guise dit le Balafré en 1558. Le projet est donc annulé. Elle offre une importante somme d’argent au duc d’Alençon et le quitte, semble-t-il à regret. A l’instant des ultimes adieux, elle lui offre un petit poème dans lequel elle exprime toute sa tristesse de ne pas voir sa « grenouille » un jour nager dans la tamise !

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