vendredi 21 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 3/4

La période ottomane (1453 - 1797)
La domination byzantine se réduit graduellement après la prise de Constantinople. En 1458, les Turcs s’emparent du duché d’Athènes, en 1460 de la Béotie, en 1462 de Lesbos, en 1470 de l’Eubée, en 1475 de Samos, en 1520 de Rhodes. Les Cyclades et Chypre demeurent sous contrôle vénitien jusqu’à la fin du XVIe siècle.
Dans la nouvelle administration, tout appartient au sultan, qui délègue selon ses faveurs les charges, les privilèges et les domaines. Ainsi les paysans louent la terre et sont libres de la cultiver. Le pouvoir ottoman étant décentralisé, les communes conservent une certaine autonomie. Le sultan reconnaît l’Église orthodoxe et laisse au patriarche de Constantinople toutes ses fonctions et privilèges. En échange, celui-ci doit payer une taxe et reconnaître le pouvoir temporel du sultan. L’Église se retrouve bornée à la sphère religieuse. La bourgeoisie des villes élit les notables et participe à la gestion des affaires financières, économiques et sociales de la ville. Les notables sont issus du clergé avant d’être supplantés par les laïcs au cours du XVIIe siècle. Les phanariotes sont de grands notables grecs proches du patriarcat orthodoxe et présents à la cour du Sultan. Ils possèdent de hautes charges et orientent parfois la politique. Les hauts dignitaires de l'Église sont tous grecs. Les non musulmans payent un impôt spécial : la capitation. Tant que les Grecs s’acquittent de leurs taxes et ne créent aucun trouble, ils sont laissés en paix. Les non-musulmans ne servent pas dans l’armée du sultan. Le fardeau de la conscription ne pèse pas sur les paysans, à l’exception de la « razzia des enfants ». Chaque famille chrétienne doit offrir un fils sur cinq au Sultan, qui forme ensuite le corps des Janissaires.
Les Turcs ouvrent leurs portes aux commerçants étrangers par l’octroi de capitulation. Les Grecs restent les marchands de la Mer noire et de la Méditerranée orientale surtout après le départ des Vénitiens. Smyrne et Thessalonique deviennent les plaques tournantes de la Mer Égée. Le développement du commerce, notamment du textile, entraîne une hausse de la production et le développement de centres urbains et ruraux. Les Grecs s’implantent en Europe centrale et en Russie. La Crimée compte une importante communauté grecque. Les Turcs considèrent le commerce comme une occupation moins digne que la profession des armes et est laissé aux Grecs.
Du XVe au XVIIIe siècle, l’école crétoise est la référence en peinture, avec des artistes comme Théophanis et le Greco. Les monastères du Mont Athos et des Météores imposent leur style dans la peinture religieuse. Les peintres diffusent les canons en établissant des ateliers dans les Balkans et en Russie. L’influence gréco-byzantine est forte dans l’architecture ottomane. Les monuments religieux turcs s’inspirent de la basilique Sainte Sophie.
En Occident, la Renaissance puis les Lumières prennent la culture antique grecque comme modèle. Dans la peinture, l'architecture et la sculpture, l'Europe recherche chez les anciens la perfection. Les Lumières s'inspirent des systèmes d'idées, des notions de libertés individuelles, sociales et des systèmes politiques de la Grèce antique.
En Grèce, le courant des Lumières ne vise pas seulement à l’éducation de l’Homme, mais aussi à un changement radical des conditions de vie en adoptant le modèle de la société bourgeoise. L’Église orthodoxe apporte son soutien au pouvoir ottoman qui l’a préservée. De fait, elle se retrouve en contradiction avec les volontés des intellectuels sur la question de l’identité nationale. L’Église aurait pu servir de ciment à la Grèce face aux Turcs musulmans. Après la Révolution française, l'Église orthodoxe condamne la moindre révolte. La défense du gouvernement ottoman est mal acceptée par les classes populaires qui la contestent.
La notion d'identité grecque se ravive au XVIIIe siècle, car elle est portée par les milieux intellectuels et la bourgeoisie. Ces derniers exercent une influence grandissante dans les affaires de l'empire et engrangent de l'expérience. La Grèce voulue est identique à celle de l'Antiquité, regroupant une partie des Balkans et de l'Asie mineure. Le peuple y voit la résurgence de l'empire byzantin. S'inspirant des principes de la Révolution française, la Grèce indépendante instaurera une égalité totale des citoyens. Les phanariotes optent pour un royaume chrétien dirigé par un despote éclairé comme en Russie. Ces mouvements sont mal perçus en Europe centrale et dans les Balkans. Ils ne voient pas d'un bon œil la création d'un État qui viendrait sans nul doute les concurrencer économiquement et culturellement. La question se pose sur la manière de faire : soit succéder à l'Empire ottoman en s'accaparant les affaires politiques comme l'ont fait les Romains en leur temps, soit prendre le pouvoir par une révolution. Les élites optent pour le premier choix étant donné qu'elles sont présentes dans les institutions. De plus, les Grecs constituent la force économique et culturelle de l'empire. La bourgeoisie et le peuple préfèrent une révolution. Les premiers espèrent faire sauter les carcans économiques. Les Turcs ne favorisent pas le développement des manufactures et du commerce. Les bourgeois assimile les aristocrates, aux yeux du peuple, à des agents de l'État.
En 1769, des révoltes éclatent dans le Péloponnèse. Lors des guerres qui l'opposent à la Turquie, (1761-1774 / 1788 - 1792) la Russie favorise les mouvements révolutionnaires en Grèce, afin de déstabiliser les Ottomans et s'emparer du commerce en Mer Noire. En 1798, Lambros Katsonis, ayant servi dans l'armée russe, appuie les mouvements révolutionnaires. Le chef d'un mouvement clandestin Rhigas Feraios est arrêté à Vienne et livré par la police autrichienne aux autorités turques, qui le condamnent à mort en 1798.

L'indépendance de la Grèce (1797 - 1832)
En 1797, les Français s'attribuent au détriment des Vénitiens les îles de la Mer ionienne. En 1801, la France reconnait l'autonomie de la République des Sept-îles placée sous protectorat franco-russe, puis britannique après la chute de Napoléon Ier. Parallèlement, l'île de Samos constitue une principauté autonome de 1829 à 1913, date de son rattachement à la Grèce.
Sur le continent, la Société amicale d'Odessa devient le mouvement indépendantiste le plus influent. Il est fondé en 1814 par Nikolaos Scoufas, Athanase Tsakalof et Emmanuel Xanthos. La direction est confiée à Alexandre Ypsilanti, général russe et aide de camp du tsar. En février 1821, il mène des actions révolutionnaires dans les Balkans. Les Ottomans concentrent leurs forces dans la région et matent la révolte. Cependant, le champ est libre en Grèce qui se soulève à son tour. De 1821 à 1824, les Grecs luttent pour leur indépendance. Le Sultan demande l'aide de l'Égypte. La lutte est farouche, mais les généraux grecs Colocotronis, Miaoulis et Sachtouris tiennent le coup. La montée en puissance des militaires ne plait pas à la bourgeoisie. Elle craint que la Grèce devienne un État autoritaire. De par ses valeurs culturelles et religieuses, la Grèce jouit en Europe d'appuis. Français et Britanniques font pression sur le sultan pour qu'il accorde l'autonomie à la péninsule. En 1828, les Russes battent l'armée ottomane. Par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829, la Turquie reconnait l'autonomie de la Grèce. Londres décide, avec le soutien de Paris, la création d'un royaume grec indépendant qui devient effectif en 1832.

La monarchie bavaroise (1832 - 1862)
La Grèce indépendante comprend les Cyclades, le Péloponnèse et le centre. Elle compte 700.000 habitants, dont 5.000 à Athènes. A l'échelle de l'Europe, la capitale fait figure de gros bourg rural. Ioannis Capodistrias, ancien ministre des affaires étrangères russe, est appelé par l'assemblée pour organiser la nouvelle administration. Les Grecs sortent appauvris de la révolution. Le pays a souffert économiquement. Elle se retrouve sous la dépendance du Royaume-Uni qui lui octroie des crédits avec intérêt.
Le 9 octobre 1831, des aristocrates assassinent Capodistrias et favorisent l'instauration d'une monarchie de droit divin. Avec le soutien des Britanniques, le prince de Bavière accède au trône sous le nom d'Othon Ier. La mise en place d'un État centralisé est différent de ce qu'a connu la Grèce depuis l'Antiquité, c'est à dire un État décentralisé et polycentrique. Seuls les Bavarois accèdent aux hautes charges militaires et administratives. C'est le règne de la Xénocratie. Le gouvernement d'Othon réorganise et améliore la justice et l'éducation. En 1837, l'université d'Athènes ouvre ses portes. Néanmoins, il ne parvient pas à développer l'économie. 80% des agriculteurs restent sans terre et préfèrent quitter le pays. Othon soutient le sultan d'Égypte dans sa guerre contre les Ottomans. Les dépenses militaires ruinent le pays. Une révolution éclate en 1843.
Othon Ier reste au pouvoir, mais il est obligé d'adopter une constitution libérale. Cependant dans les faits, le nouveau régime ne fonctionne pas de façon parlementaire. Le roi, soutenu par Ioannis Kolettis, son Premier Ministre, gouverne contre la majorité élue à la chambre. Durant la guerre de Crimée (1854-1855), la situation économique du pays s'aggrave à nouveau. Les Britanniques mettent en place un blocus maritime et les Français occupent le Pirée. Une révolution éclate à nouveau en 1862. Le couple royal quitte le pays. Le peuple appelle au pouvoir Alfred, le fils de la reine Victoria. Cependant, la France et la Russie ne veulent pas voir un Britannique à la tête de la Grèce. Les trois puissances se mettent d'accord pour nommer le prince danois du Schleswig-Holstein, qui monte sur le trône sous le nom de Georges Ier.

La monarchie constitutionnelle (1862 - 1924)
L'avènement de Georges Ier s'accompagne d'une nouvelle constitution. Celle-ci étend les libertés et laisse au roi de larges prérogatives. Le nouveau roi s'hellénise, fait en sorte d'être proche de ses sujets et favorise l'intégration des îles ioniennes à la Grèce en 1864. En 1875, il nomme au poste de premier ministre Charilaos Trikoupis, ayant obtenu la majorité au parlement.
Trikoupis mène une politique libérale qui permet un démarrage économique. Les capitaux et les hommes reviennent au pays. L'industrie se développe et profite des progrès de la Révolution industrielle et de la mise en place du réseau de transport. L'isthme de Corinthe est percé en 1893. Ce développement forme la classe ouvrière et les premiers syndicats apparaissent dans les années 1880. L'État se modernise et emploie un grand nombre de fonctionnaires. Au milieu du XIXe siècle, l'Empire ottoman s'ouvre au commerce international. Les Grecs sont présents dans le commerce, la marine et la banque. La Russie combat la présence grecque dans ces domaines qui la concurrence sur les rives de la Mer noire. Elle tente de s'imposer dans les Balkans en mettant l'accent sur l'origine slaves de ces peuples.
La politique libérale s'essouffle à la fin du XIXe siècle. Les grands propriétaires fonciers s'accaparent les terres agricoles. Les travaux d'aménagement creusent le déficit. La Grèce doit emprunter à des États étrangers. En 1893, les libéraux perdent la majorité à la chambre au profit des conservateurs. Trikoupis est remercié.
En 1897, la Grèce déclare la guerre à l'Empire ottoman pour soutenir les mouvements révolutionnaires en Crète qui réclament le rattachement de l'île à la Grèce. La guerre dure trente jours et se solde par une cuisante défaite. L'intervention franco-britannique permet de limiter les dégâts. La Grèce est contrainte à des concessions territoriales très limitées et au versement d'une rente. Georges Ier est nommé vice-roi de Crète et devient le vassal du Sultan, ce qui permet de calmer les insurrections en Crète. Les chefs militaires ne digèrent pas l'humiliation infligée. Ils exhortent le roi à redresser le pays de toute urgence. Le 15 août 1909, après avoir réuni l'armée dans les casernes de Goudi dans la banlieue d'Athènes, l'État-major proclame l'insurrection. Georges Ier fait appel à Eleftherios Venizélos.
Venizélos combine les aspirations des militaires et celles de la bourgeoisie qui ne supportaient plus la politique mise en place par les conservateurs. Arrivé à la tête des affaires, il mène des réformes agraires, sur la propriété, l'administration, l'emploi, les finances, le droit du travail. Convaincu que les institutions ne sont pas responsables de la crise, mais les fonctionnaires, il n’altère pas la nature du régime.
En 1912, la Grèce s'allie à la Russie, à la Macédoine et à la Bulgarie pour affronter l'Empire ottoman. La Première guerre balkanique débouche sur une victoire et le rattachement au pays de la Crète, de l’Épire et des îles orientales de la mer Égée. Dès la fin de la guerre, les anciens alliés se disputent les frontières. La Bulgarie perd la guerre et voit la Grèce s'attribuer la région de la Macédoine. Durant la Première guerre mondiale, la Grèce combat du côté de l'Entente. Par le traité de Neuilly du 27 novembre 1919, elle obtient la Thrace et le reste des îles égéennes. De son côté, l’Empire ottoman est démantelé. Il ne reste plus que l'actuelle Turquie. Les deux pays demeurent en guerre sur la question du littoral de l'Asie mineure et du Bosphore. En 1922, les troupes grecques pénètrent trop rapidement en Asie mineure. Elles finissent par être coupées de leurs routes approvisionnement. Dans le pays, les coûts de la campagne militaire engendrent des tensions sociales favorisant le retour au pouvoir du parti conservateur soutien du roi Constantin. Celui-ci est plutôt favorable aux Allemands alliés des Turcs. Cette nouvelle politique n'est pas du goût des Britanniques et des Français. Leur soutien s'amenuise. Pendant ce temps, l'armée turque contre attaque et repousse l'armée grecque hors d'Asie. Le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 fixe les frontières entre la Grèce et la Turquie. Tous les Grecs sont expulsées d'Asie mineure par les autorités turques et se réfugient fans la péninsule. La population atteint désormais les six millions d'habitants. Les officiers cherchent les coupables de la déroute en Turquie. Un tribunal militaire condamne à mort le premier ministre conservateur Dimitrios Gounaris qui est exécuté le 15 novembre 1922. Fort de l'appui des Britanniques et profitant du désaveu des conservateurs, Venizélos force le roi Alexandre à abdiquer. La république est instaurée le 25 mars 1924.

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