dimanche 4 mai 2014

Ivan IV le Terrible

Ivan IV nait le 25 août 1530. Il est le fils du Grand Prince de Moscou Vassili III et de Helena Glinska, une princesse serbe. Son père meurt lorsqu’Ivan a trois ans. A l’âge de huit ans, en 1538, sa mère décède probablement des suites d’un empoisonnement. Un conseil d’aristocrates nommés les boyards, assure la régence. L’enfant est victime d’humiliations et de mauvais traitements. Il vit en permanence dans la crainte d’être assassiné. Le patriarche de Moscou se charge de son éducation : lecture, écriture, calcul, histoire et étude de la Bible. Ivan prend conscience de l’héritage de ses ancêtres. La Bible lui apporte le soutien moral face aux brimades des boyards. Il se sent de plus en plus investi d’une mission divine. En 1543, le jeune Ivan IV se rebelle. Il lâche une meute de chiens sur le chef boyards qui le dépècent. La peur s’installe au sein de l’aristocratie.

Le 16 janvier 1547, Ivan est sacré Grand Prince de Moscou et tsar de toutes les Russies, montrant ainsi sa volonté de restaurer le pouvoir monarchique. En février, il épouse Anastasia Romanovia, une princesse boyard réputée pour sa beauté. Elle est fidèle à son époux et sait tempérer ses excès de violence.
Pour asseoir son autorité, Ivan IV a besoin d’un coup d’éclat. Il décide de s’attaquer au Khanat de Kazan situé au sud de Moscou, regroupant les Tartares, une population turco-mongole. Il assiège la cité de Kazan et bloque la cavalerie tartare entre les remparts de la ville et le fleuve Moskova. Les Tartares, privés de leur atout militaire, cèdent en octobre 1552. Ils deviennent les vassaux du tsar. Dans la culture populaire, Ivan devient un roi conquérant ayant réussi à faire plier les infidèles. En commémoration, il fait édifier la cathédrale de Basile le Bienheureux. Les Tartares se révoltent. Ils chassent les Russes de la province d’Astrakhan. En représailles, Ivan conquiert la Crimée et expulse les Tartares.

En 1555, il met en place une nouvelle administration et facilite l’accession aux charges pour les roturiers, créant ainsi une noblesse de robe, concurrençant les boyards et leur attribue des terres. Les nouveaux nobles sont plus fidèles car ils tiennent leur place des mains du prince et contribuent à attirer au tsar la sympathie du peuple. Il instaure un nouveau code de lois pour lutter contre la corruption. Il crée un parlement composé exclusivement de boyards pour le conseiller. Ivan châtie cruellement les personnes soupçonnées de trahison. Le tsar considère cet acte comme une agression contre Dieu, ce qui justifie la dureté des châtiments.

En 1560, son épouse meurt. Ivan perd la seule personne en qui il avait confiance. Fou de rage, il fait exécuter les nobles qu’il juge responsables du décès de la reine. Il est persuadé que sa femme a été empoisonnée. Des recherches archéologiques menées au XXe siècle, ont révélé la présence de mercure, de plomb et d’arsenic dans les ossement d’Anastasia Romanovia.
En 1563, Ivan abdique et quitte Moscou. Le peuple, choqué par cette décision brutale, le réclame. La Russie ne peut rester sans dirigeant. Les historiens avancent deux explications à cette décision soudaine. Il s’agit tout autant d’un moment d’abattement lié à la souffrance de la perte d’un être cher et à un sentiment de trahison, que d’une mise en scène pour réaffirmer et conforter son pouvoir suprême. Une délégation le rencontre pour lui demander de revenir au pouvoir. Ivan feint d’hésiter et pose deux conditions qui lui sont accordées : disposer du pouvoir absolu et que le parlement lui octroie des terres en propre.
A son retour, il forme une garde personnelle, les oprtchiniki, composée de 1.500 d’hommes triés sur le volet. Ils sèment la terreur sur l’ensemble du territoire pour réprimer toutes menaces de révolte.

En 1570, il assiège et incendie Novgorod accusée de complot contre le tsar. En réalité, Ivan jalouse cette cité de marchands riche et puissante, qui même si elle reconnait l’empereur de Russie, se gère elle-même. La ville ne se relèvera pas de cette attaque. L’économie russe pâtit de la perte de ce pôle marchand ouvert sur la mer Baltique et l’Europe.
Pour palier cette situation, Ivan exige que les chevaliers teutoniques possédant des domaines sur la mer Baltique lui versent un tribut. Lors de la guerre de Livonie, les Russes conquièrent les ports de Dorpat (actuelle Tartu) et de Narva. Des pamphlets allemands apparaissent en Estonie et Lettonie. Ils insistent sur la cruauté du tsar et contribuent à façonner l’image d’un tyran monstrueux. Les chevaliers teutoniques montent une coalition comprenant les Polonais, les Suédois et les Lituaniens, pour reprendre ces villes portuaires. La Russie est incapable de supporter cette guerre et demande la paix. Après la guerre, l’ordre des chevaliers teutoniques est dissous. Leurs domaines sont partagés entre la Suède, le Danemark et la Pologne. La seule route commerciale pour l’Europe passe par la mer Blanche, puis la mer du Nord. La mer Blanche est prise par les glaces durant tout l’hiver. La navigation y est impossible.

Ivan a des accès de démence. Il est victime de crise de violence. Le 15 novembre 1581, il s’en prend à sa belle fille, dont il juge la tenue indécente. Son fils, Ivan, s’interpose pour protéger son épouse. Les deux hommes en viennent aux mains. Dans la colère, Ivan frappe son fils avec un sceptre. Ce dernier décède quatre jours plus tard. Cet acte porte un coup au pouvoir impérial. Le peuple ne le soutient plus. Il meurt à Moscou le 18 mars 1584, d’une trop forte consommation de mercure.
Après sa mort, son fils Fédor Ier accède au trône. Souffrant d’un retard mental, il est incapable de régner. Les boyards se disputent le pouvoir. La Russie s’affaiblit jusqu’à l’avènement de Pierre le Grand en 1682.

Son surnom du « terrible » vient du XVIIIe siècle et signifie davantage redoutable. Staline réhabilite Ivan IV. Le président soviétique éprouve de la sympathie pour ce personnage qui n’hésite pas à exterminer ses ennemis pour le bien de l’Etat. En 1945, le prix Staline récompense le cinéaste Serguei Eisenstein pour son film Ivan IV. Le biopic est une commande de l’Etat. Il retrace la jeunesse du tsar et le montre combattant les intrigues de palais menées par les boyards voulant le renverser. Après la mort de Staline, Ivan redevient un tyran despotique. Le parallèle entre les deux dirigeants est toujours employé, mais cette-fois pour critiquer le régime stalinien.


Sources
Texte : Ivan le Terrible, documentaire réalisé par Peter Moers, Allemagne, 2013, 60min.

Image : answers.com

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