mardi 8 octobre 2013

La Forteresse de Salses (Pyrénées Orientales 66)

Au XVe siècle, la chaîne montagneuse des Corbières constitue la frontière naturelle entre la France et l’Espagne. Afin de protéger sa frontière, le roi Ferdinand d’Aragon ordonne la construction d’une forteresse à Salses en Catalogne. Le chantier est confié à l’architecte Ramiro Lopes. Il débute en 1497 pour s’achever en 1503. Conçue comme une arme dissuasive, les plans de la forteresse ont été détruits après la construction.
Salses est une zone d’étangs et de marécages. La forteresse est construite non pas sur un plateau, mais dans une cuvette. La forte chaleur de la journée forme une bruine brouillant la vision.

L’architecture de la forteresse est une transition entre le château médiéval, de part ses tours, son donjon et ses courtines, et le fort moderne, de part ses formes géométriques et son enfoncement dans le sol de façon à se dérober à la vue et aux coups de l'ennemi. Elle se présente sous la forme d'un vaste rectangle à la forme trapu.
Elle se divise en deux parties séparées par un large fossé intérieur et une courtine à éperon. La première partie, à l'est, est constituée par une vaste place d'armes autour de laquelle sont disposés les logements de la garnison, les magasins et les écuries. La seconde partie comprend le donjon. Elle est cloisonnée et n’est accessible que par un pont-levis. Le donjon est conçu de manière à pouvoir vivre en autarcie si besoin est. La nourriture y est entreposée, il possède son propre four et détient la seule source d’eau potable. Détenir ses biens permet au gouverneur de maintenir son autorité sur ses hommes. La chambre du gouverneur possède une salle de bain privée avec l’eau courante, un sol carrelé et des tentures sur les murs aujourd’hui disparue.
La forteresse est également flanquée au nord-ouest, à l'est et au sud de trois ouvrages extérieurs en forme de demi-lune reliés au corps par des tunnels aux galeries voûtées. Ces tunnels sont masqués de l'extérieur par l'eau des douves, abondamment alimentées par une source de fort débit. A l’intérieur du complexe, tout est mis en œuvre pour ralentir la progression des ennemis : passages étroits formant un véritable labyrinthe, plafond bas, marche irrégulière.

La forteresse est construite en pierre des corbières et en brique d’argile. La première, une pierre calcaire, de couleur bleue, est dure et tranchante. L’argile provient d’Argelès-sur-Mer et sert à amortir les chocs des projectiles. Le fer employé pour les armatures est extrait des mines du Mont Canigou. Il rouille très peu. Les remparts mesurent entre 6 et 10 mètres d'épaisseur et sont enterrés jusqu'à mi hauteur dans un vaste fossé inondable.
La poudre produit une épaisse fumée. Des conduits d’aération permettent de l’évacuer. De l’eau coule à la base de ces conduits. Par un phénomène de condensation, l’eau attire la fumée. De plus, elle permet de refroidir le fût des canons. Ramiro Lopes s’inspire du système hydraulique des palais de l’Alhambra pour confectionner celui de Salses.

La forteresse repousse un premier assaut au début du XVIe siècle. En 1639 à l’occasion de la Guerre de Trente ans, les Français prennent la forteresse. L’Espagne envoie un important contingent pour reprendre la place. Surpris, les Français s’enferment dans la forteresse et laissent leurs ennemis mettre le siège. Epuisés et affamés, les Français se rendent.
Avec le traité des Pyrénées de 1659, le Roussillon est rattaché à la France. La frontière recule jusqu’à la ville du Perthus située à une quarantaine de kilomètres au sud de Salses. La forteresse perd son utilité. Sa démolition coutant trop cher, elle est employée comme poste d’observation, puis comme prison. Au XIXe siècle, elle est transformée en poudrière. A cette occasion, les Français remplacent le carrelage de la chambre du gouverneur par un parquet, afin de protéger la poudre. Elle est classée monument historique en 1886 et ouverte au public.

Sources
Texte : Visite guidée de la forteresse de Salses effectuée en aout 2013

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