mercredi 6 mars 2013

Yahvé et Baal


Mes précédents articles sur l’histoire de Yahvé et l’interprétation de ses origines ont beaucoup fait réagir. Je tiens d’ailleurs à remercier ceux qui m’encouragent dans mes travaux. Vous l’aurez compris, ce sujet passionnant, est aussi dangereux car il apporte la polémique. Or, la polémique peut être saine et doit amener aux dialogues. Je ne prétends pas détenir la vérité mais je me contente en tant « qu’historien » de respecter l’étymologie du nom de ma science à savoir que « Histoire » vient du grec « historia » et signifie « enquête ». Or, quand j’enquête sur Yahvé – et donc sur Dieu – je ne m’attaque pas à lui, mais je cherche à comprendre d’où il vient. D'ailleurs il n’y a aucun mal à enquêter sur l’origine de Marduk ou Aton qui ont eu, en leurs temps, des tendances monothéistes à Babylone et en Égypte. Enfin, ils ont tous deux un point commun avec Yahvé : ils ont également été des dieux nationaux.
 
La Bible a toujours cherché à minimiser ce fait pourtant évident. Evidences misent en lumière par le fait que ce volumineux texte a été écrit sur plusieurs siècles, par différents auteurs et interprété de bien des manières. Ils comportent donc un certain nombre d’indices qu’il convient de relever et de révéler. 

Le monde antique, comme aujourd’hui, est régit par le politique et le religieux. Il n’existe pas une terre peuplée où les dieux n’aient pas été présents. Il en est de même pour le pays de Canaan, berceau historique et liturgique des hébreux.  En Phénicie – qui englobe le futur royaume d’Israël -  existait alors un dieu national du nom de Melquart, plus communément nommé Baal. Ce dieu de la foudre possédait un grand nombre de temples sur cette vaste terre du Levant bordant la Méditerranée. La Bible fait de Baal un des principaux adversaires de Yahvé puisqu’à plusieurs reprises les prêtres des deux dieux s’affrontent. Hors, reprenant l’hypothèse de plus en plus soutenue que Yahvé est un dieu importé, on devrait retrouver des traces de Baal en Israël. La Bible et les religieux ont tous essayé de bannir ce dieu de la terre promise en discréditant ceux qui l’auraient honoré, ou pire qui l’auraient promu ! On imagine un vaste travail de destruction des temples de Baal partout dans le royaume afin de cacher son existence antérieure. Néanmoins, si l’archéologie n’a pu trouver – encore – des traces du peuple élu dans le désert du Sinaï après quarante ans de vagabondage, elle a retrouvé des temples dédiés au dieu Baal dans le royaume d’Israël. Et pas n’importe où : la découverte la plus emblématique se trouve sur le site de l’antique Sichem, la précédente capitale du royaume d’Israël ! Les inscriptions et la stratigraphie font remonter son existence à 1500 av. Jésus Christ, soit avant même l’existence supposée de Moïse.

La présence d’un temple de Baal à Sichem concorde avec la Bible. En effet, ils sont prestigieux les rois qui ont accordé à Baal leurs faveurs. Et oui, car même après avoir adopté Yahvé comme dieu national – et non international comme c’est le cas aujourd’hui – Baal continu de cohabiter avec lui. Rien d’étonnant puisque cette pratique remonte au début même de la civilisation et est une pratique rependue chez les sémites. Des Sumériens aux Akkadiens (sémites), les villes, les états avaient pour habitude de consacrer des temples et des autels à d’autres dieux que celui qui dominait la cité ou bien le royaume. C’est ainsi que le premier roi officiel du royaume d’Israël, Saül, a donné pour nom à son fils celui d’Ishbaal (« l’homme de Baal ») comme le révèle le Premier Livre des Chroniques. Une telle hérésie a d’ailleurs été cachée – sans succès – car le nom d’Ishbaal a été déguisé en Ishboshet dans le second livre de Samuel et signifie ici « homme de honte ». Cependant, il convient de préciser que le second livre de Samuel est non seulement postérieur à l’écriture originale de l’Ancien Testament qui est constituée par les Premiers et Seconds Livres des Chroniques et, surtout, il omet et ment sur certains passages de l’Ancien Testament. Pour preuve, les rédacteurs grecs de la Septante ont donné comme premier nom au Livre des Chroniques celui de « paraleipomenon » qui signifie « choses omises » - sous entendu omises par certains recueils comme celui du Livre de Samuel. 

A la mort d’Ishbaal, le grand David lui succède sur le trône. David est pour le moment le personnage le plus ancien qui soit avéré par les historiens et les archéologues. David, ancêtre du Christ, a eu de nombreux fils dont un passé totalement sous silence à savoir Baalyada (« Baal sait »). Le dernier fils de David qui lui succède pourtant sur le trône est le sage Salomon et il ne déroge pas à la règle. La Bible raconte qu’il fait construire des temples à Baal ainsi qu’à d’autres dieux dans le royaume notamment pour les dieux Kémosh et Milkom. 

Les chroniqueurs de la Bible ont cependant trouvé l’explication – ou plutôt la parade! Salomon, bien que prudent et juste tout au long de sa vie, c’est fait détourner de sa voie par ses femmes étrangères et surtout par sa sénilité. Cette explication n’est pourtant pas convaincante car il faut y voir plutôt une habileté politique (le royaume comprend de nombreuses tribus et des peuples soumis). De plus, la sénilité remettrait bien des actions en cause : Moïse a guidé le peuple élu jusqu'à ses 120 ans, Esdras est probablement âgé lorsqu’il entreprend la réécriture de la Tora et Constantin est sur son lit de mort lorsqu’il se convertit au christianisme. Au même titre que Yahvé est le dieu d’Israël, Baal et les autres sont des dieux nationaux appartenant à d’autres cultures. Ceux qui ont rédigé la Bible, comme Esdras, bien des siècles plus tard, et alors que Yahvé a cessé d’être pour les juifs un dieu parmi les dieux, mais un seul et unique dieu pour l’ensemble de la terre, jugent avec sévérité une attitude qui pour leurs percepts sont des abominations. Je dirais pour conclure que Saül, David ou encore Salomon, comme leurs contemporains, ne sont tout simplement pas les mêmes Hébreux (vers 1000 av. J.C) que ceux de l’époque des grands rédacteurs de la Bible (milieu du Ve siècle). Il se passe tellement de choses en 500 ans ! 

Images: 1 - Baal 2 - Saul et David

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