mardi 19 juin 2012

Scène de ménage d'Aliénor d'Aquitaine à Antioche


Sept années ont passé depuis le mariage, d'amour, - il convient de le signaler tellement ce fait est rare en si haut lieu – entre le jeune Louis VII et la belle Aliénor d'Aquitaine. Cependant, au fil du temps, l'amour, qui est encore vif chez Aliénor, semble prendre, au contraire, des allures plus monacale du côté du roi. Ainsi, Aliénor, impulsive et en demande constante de tendresse, reproche à son mari sa piété qui se manifeste par des « jeûnes » conjugaux de plus en plus fréquents ! Pourtant, le jeune couple n'a pas d'enfant, ce qui devrait, à l'inverse, encourager Louis à abandonner sa posture d'ascète pour celui d'un Don Juan ardant. La reine rend visite alors à un certain Bernard de Clairveaux, un grand et maigre mystique qui, par la vie exemplaire de piété qu'il s'imposait, passe pour un « oracle de Dieu ».

-       Depuis bientôt sept ans que je vis avec le roi et que je partage sa couche, lui dit Aliénor, je demeure stérile. Je me désespère de n’avoir jamais le fils que nous souhaitons.

Bernard de Clairveaux prend le temps de réfléchir et telle une pythie des temps anciens répond avec prophétie :

-       Cherchez donc la paix du royaume, et Dieu dans sa miséricorde vous accordera, je vous le promets – juré, je l’ai vu ! – ce que vous demandez.

Et comme un miracle, voilà que quelques mois plus tard Aliénor met au monde une petite fille qu’elle prénomme Marie, en hommage à la mère de Dieu. Bon, ce n’est pas le fils tant désiré - le petit prince - mais au moins le couple n’est pas stérile ! Cette même année de 1146, la reine « prend la croix » et décide, non sans courage mais surtout par amour, d’accompagner son mari en Terre sainte. Là-bas les croisés tentent toujours de conserver Jérusalem quand ils n’ont pas à la reconquérir. Maudits sarrasins !

En route vers la ville sainte, l’armée française fait étape à Antioche où règne un précieux allié : l’oncle d’Aliénor, le puissant et néanmoins séduisant Raymond de Poitiers. La reine ne tarie pas d’éloges sur lui :

-       Il est grand, mieux fait de corps et plus beau qu’aucun de ses contemporains !

Les dix jours que le roi et sa belle-famille vont passer ensemble au bord de l’Oronte auront des répercussions considérables sur les siècles à venir pour la France, plus considérables encore que la fameuse longueur du nez de Cléopâtre si bien philosophée par Pascal un demi millénaire plus tard. Leur première dispute ! Raymond veut que l’armée reconquière Edesse et pose des fondations solides aux royaumes chrétiens d’Orient. Louis, lui, est obnubilé par son pèlerinage et veut rendre hommage au martyr de l’humanité, Jésus. Sa décision est de se rendre au plus vite à Jérusalem.

Coup de théâtre !

Aliénor ne veut pas suivre son mari et prend le parti de son oncle. Elle lance dédaigneusement à son mari :

-       Je croyais avoir épousé un homme et non un moine !
-       Le rôle d’une épouse est de suivre son mari, lui rétorque le roi.
-       Je ne quitterai pas Antioche ! Et mes vassaux en feront autant.
-       Tu n’auras pas ton mot à dire…

Le « moine » se fâche et à la faveur d’une nuit sans lune il fait enlever sa femme ! Transportée de force jusqu’au roi, elle doit se contraindre, « prisonnière », à prendre la route de Jérusalem. Furieuse, elle proclame l’annulation de son mariage :
-       Notre union est nulle puisque nous sommes parents à un degré prohibé par le droit canonique !!!

Le divorce tant redouté n’arrivera pas à cet instant. La séparation qui causera le terrible conflit de la guerre de Cent ans sera pour plus tard. Tout semble s’arranger pendant le voyage et cette première accroche – les autres seront terribles - entre les deux êtres amoureux se termine bien ! Et oui, à leur retour en France, Aliénor met au monde un second enfant… encore une fille !


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