samedi 11 juin 2011

Qui a détruit la bibliothèque d'Alexandrie?

Les mystères anciens ont toujours passionné. Où se trouve Agadé, la capitale du grand Sargon d'Akkad, où a été inhumée la momie d'Alexandre le Grand, la papesse Anne a-t-elle existé ou plus récemment Hitler s'est-il vraiment suicidé ? Autant de questions auxquelles ni l’archéologie ni les sources (fiabilité des écrits?) ne peuvent clairement répondre. Et puis, il y a l'irrésistible théorie du complot ! Pour la bibliothèque d'Alexandrie nous avons des sources, des témoignages et même - en cherchant bien - quelques traces. Malheureusement, identifier clairement celui qui a mis définitivement fin au long et fastidieux travail de plusieurs générations de lettrés et de souverains, pour collecter et classer autant de savoirs dans un espace entièrement dédié à la mémoire et à la science, revêt du crime contre l'humanité ! Quelle responsabilité pour l'historien lorsqu'il se doit de désigner le coupable.

Je suis en parti « rassuré » par le fait que la malheureuse bibliothèque, fondée par Ptolémée Ier, général macédonien et successeur d’Alexandre sur le trône d’Égypte au IVè siècle av. notre ère, a été plusieurs fois détruite. Donc, il y a plusieurs coupables. Telle une Agatha Christie des temps modernes, je me plaît à rappeler avant l'enquête, ce qu'est la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Il faut bien restituer dans le temps et dans le contexte sa fondation et sa fonction car elle n'a rien à voir avec une banale bibliothèque municipale où sont collectés, rangés et prêtés des ouvrages tirés à des millions d'exemplaires. Elle est unique dans l'Histoire! C'est après une vie trépidante qui le vit chevaucher aux côtés d'Alexandre le Grand de la Macédoine à l'Inde, que Ptolémée se proclame pharaon d’Égypte et installe sa dynastie qui s'éteindra dans les morsures d'un serpent sur la peau de la tant désirée Cléopâtre au Ier siècle av. notre ère. De sa vie, il retient les victoires mais aussi la formidable volonté intellectuelle d'Alexandre qui a toujours donné à la science et aux savoirs une place primordiale : ils devaient réunir les peuples et les cultures. Dans un souci de bonnes relations religieuses, les dieux Grecs, Égyptiens, Perses et Indiens étaient les mêmes, seuls changeaient leurs noms ! Une attitude bien plus civilisatrice qu'aujourd'hui. En 288, dans la ville qu’Alexandre avait fondé un demi siècle auparavant, Ptolémée jette les bases d'une institution qui devait collecter, étudier et préserver l'histoire et le fonctionnement du monde. L'entrée était très sélectif. Seuls les grands penseurs et savants avaient les accréditations pour y travailler et côtoyer tout ce savoir. Au fil des siècles, la bibliothèque contiendra des centaines de milliers de volumes. Vient alors les temps fatidiques.

Le premier accusé n'est autre que César. Au Ier siècle av., en conflit avec le pharaon Ptolémée VII qui a assassiné Pompée – pourtant lui-même pourchassé par César jusqu'à Alexandrie – César fait incendier la flotte égyptienne. Le feu se propage jusqu'à la bibliothèque entraînant la destruction de plusieurs dizaines de milliers de volumes. Il fera reconstruire la bibliothèque à un nouvel emplacement et fera venir des volumes de remplacement.

Le second accusé est un empereur chrétien, Théodose. Les collégiens apprennent symboliquement en cours que Théodose est l'empereur qui en 380 fait du christianisme la religion officielle de l'Empire. Pas très au fait de la tolérance, le christianisme décrète alors les païens hors la loi et tous les écrits qui ne racontent pas la vie de Jésus ou l'histoire de l'Ancien Testament doivent être détruits ! La démolition de la bibliothèque d'Alexandrie pourrait avoir eu lieu dès l'année suivante en 381. Théodose n'est pas une empereur inspiré : il installera même les Wisigoths dans l'Empire, les mêmes qui en 410 pilleront Rome ! Pourtant, il semblerait que la bibliothèque est survécu.

Le dernier accusé est le calife Omar (584 – 644), un proche de Mahomet. Les auteurs arabes du Moyen-Age le tiennent pour responsable de la destructions définitive des savoirs antiques en 642. Lorsqu’Alexandrie tombe entre les mains des armées musulmanes en pleines expansions en Orient, il ordonne à ses généraux de détruire la bibliothèque ainsi que tout ce qu'elle renferme. Les militaires exécutent les ordres malgré les supplications des lettrés et des savants arabes. Le motif est le même que celui des chrétiens : seule compte l'histoire du prophète et de sa religion. Tous autres écrits détourneraient la parole de Dieu. C'est un euphémisme, car ce même calife Omar, qui vante tant le prophète, est considéré par une part des musulmans comme un des responsables de la mort de Fatima, le fille préférée de Mahomet et de Khadija.

Telle est l'histoire tragique de la merveilleuse bibliothèque d'Alexandrie qui, si l'on on croit les sources, n'aura pas été détruite par les hommes mais par le fanatisme et l’intolérance des religions. Pour conclure, la plus célèbre des bibliothèques se résume à neuf siècles d'existence, de grands noms et un fait : avec cette destruction, les hommes ont perdu une partie de leur histoire.

8 commentaires:

  1. Benjamin Sacchelli11 juin 2011 à 11:12

    On aurait pu évoquer la grande bibliothèque actuelle.

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  2. Il est important de signaler que les sources écrites racontant la destruction de la bibliothèque par le calife Omar datent de 1203, Abdul al-Latif al-Baghdadi, historien arabe, puis Ibn al Kifti, soit 6 siècles après et que ces deux sources ne racontent pas exactement la même chose.

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  3. ce site est bien il ma beaucoup aider pour mon devoir en histoire !

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    1. mais pas pour l'orthographe (il m'a aidé)

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  4. "Pourtant, il semblerait que la bibliothèque est survécu"
    Merci de corriger en
    ait survécu (auxilliaire avoir)

    "je me plaît à rappeler" => je me plais à rappeler

    "L'entrée était très sélectif" => sélective

    "Vient alors les temps fatidiques" = Viennent alors (le sujet est "les temps")

    "responsable de la destructions définitive" => destruction (singulier)

    Merci

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  5. Désolé, je me corrige moi-même :

    auxilliaire => auxiliaire

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  6. Merci pour cet article très intéressant. Ajoutons l'épisode entre l'impératrice de Palmyre, Zénobie, et l'empereur romain Aurélien qui dans sa reconquête d'Alexandrie aurait causé des dégâts à la bibliothèque. Concernant l'épisode de Théodose, les dégâts auraient été produits lors des émeutes de rue et de la mort d'Hypathie. Rien d'organisé toutefois, Théodose ayant en effet inversé l'intolérance des siècles précédents le temps de son règne. Les intellectuels byzantins auront d'ailleurs longtemps enseignés les écrits platoniciens, aristotéliciens et ceux des auteurs av J.C. et les auront transmis au vénitiens à partir du Xème siècle. La perte est grande toutefois pour les pré-socratiques (Anaximandre, Pythagore) dont on est obligé de se contenter de fragments.

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  7. "(...) pas été détruite par les hommes mais par le fanatisme et l’intolérance des religions"

    Euh... et si j'assassine une petite vieille tout à l'heure, ce ne sera pas moi, homme, qui serai responsable, mais la méchanceté et l'ennui ? ^^;

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