mardi 17 mai 2011

Giuseppina Grassini, la diva amoureuse de Napoléon

Napoléon passe plus pour un grand politique et fin militaire que pour un bourreau des cœurs. On le décrit fidèle, très amoureux et même peut-être piètre amant ! Nous connaissons les célèbres Joséphine de Beauharnais – sa femme, immortalisée par David lors de la cérémonie de sacre – et Marie-Louise – sa seconde épouse qui lui donna enfin le fils dont Napoléon rêvait. Loin des amours légendaires et publics des rois de France (Henri IV, louis XIV et Louis XV), Napoléon est attaché à ses épouses et semble leur accorder le peu d’affection que lui laisse son temps libre. Occupé par ses fonctions de premier consul puis d’empereur et surtout de stratège militaire, toujours à défendre les intérêts français à l’étranger, Napoléon n’accorde que peu d’intérêt à la gente féminine. Cependant, il la considère avec respect, prudence et appréhension. « La seule victoire face aux femmes, disait-il, c’est la fuite ». Mais derrière cette candeur toute philosophique se cache un homme qui lui aussi possède ses phantasmes. Aussi, c’est avec amusement ou dégoût que l’on retiendra cette phrase qu’on lui attribue, s’adressant à Joséphine « Ne vous lavez pas, j’arrive ! ».

Pourtant, malgré son emploi du temps extrêmement serré, Napoléon a bien eu des maîtresses. La plus célèbre reste l’envoûtante cantatrice italienne Giuseppina Grassini. Elle a vingt-trois ans lorsque Napoléon la découvre au théâtre de La Scala à Milan. A ce moment, Napoléon n’est que général mais son prestige – victoire de Lodi en 1796 – est grandissant. La merveilleuse brune italienne enchaîne les sourires, les regards langoureux et les gestes affectueux. A la surprise générale, le général reste maître du champ de bataille et ne plie pas devant l’ennemi. Encore fol amoureux de Joséphine, il rentrera saint et propre de tout adultère alors que pendant ce temps Joséphine semble être à cheval sur le protocole. L’italienne n’a peut-être pas atteint son but - le petit corse l’attire - mais elle sait que l’avenir sera plus propice. Cet homme, pense-t-elle ne sera pas n’importe qui. L’Italie n’est qu’une terre appauvrie où se déchirent Français et Autrichiens qui se battent pour la prédominance sur les terres de l’antique empire romain. Il reviendra !

Les faits lui donnent raison. Lors de la seconde campagne d’Italie (1800), Napoléon arrive cette fois en premier consul et entre triomphalement dans Milan après sa difficile victoire sur les Autrichiens à Marengo. Giuseppina chante en l’honneur du premier consul. L’effet est immédiat. Le lendemain, elle prend son petit déjeuner dans les appartements de Napoléon. Il décide de l’emmener avec lui à Paris mais recommande à la belle la plus grande discrétion. Dans la capitale, elle participe à tous les honneurs de la victoire et chante aux Tuileries et à la Malmaison. Guiuseppina est réellement amoureuse. Attaquée en chemin par des brigands, elle tente, sans succès, de sauver une effigie de Napoléon. Pourtant, Napoléon est un homme de travail qui s’avère être triste et ennuyeux. Il ne reste guère plus d’une demi-heure à table et remplit son devoir très furtivement. La chaude italienne s’ennuie. Elle quitte plusieurs fois Paris mais revient souvent. En femme du sud extravertie, elle regrette, plus qu’elle ne s’étonne, de ne pas recevoir le titre de « première favorite de l’empereur ».

Le temps et les sentiments s’estompent. Napoléon a été obligé de divorcer pour épouser Marie-Louise et Guiseppina parcourt l’Europe où elle reçoit autant de succès pour ses prestations de scène que pour sa beauté. Quel manque de reconnaissance ! Elle séduit Wellington, celui à qui l'on attribue la victoire de Waterloo, et chante en l’honneur de la défaite française ! Est-ce là une vengeance ? Peut-être ! Napoléon, lui a-t-il fait cette confidence bien désagréable, qu’il fit plus tard à Sainte-Hélène qu’il préférait les blondes aux brunes !

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