vendredi 17 septembre 2010

Une nouvelle Tour de Babel!!!

La plus ancienne ziggourat, tour à étages emblématiques de la Mésopotamie, a été retrouvée en Syrie et relance le débat sur l'origine géographique de ces monuments.


La mythique « tour de Babel », de son vrai nom etemenanki (« la maison-fondement du ciel et de la terre ») est plus célèbre des ziggourats. Elle s'élevait à Babylone du XVIIIe siècle au IVe siècle av. notre ère. Depuis toujours, les archéologues pensent que ces monuments sont originaires du pays de Sumer (sud de l’Irak), cette bande de terre entre le Tigre et l'Euphrate, où a été inventée l'écriture vers 3 200. Or, une équipe française vient de trouver la plus ancienne ziggourat connue à ce jour, datant d'environ 2 600. Surprise, elle se situe à 600 kilomètres au nord de Sumer, à Mari, en Syrie, sur les rives de l'Euphrate. De quoi relancer le débat sur l'origine géographique de ces édifices.


Le mot ziggourat apparaît dans les textes au cours du IIIe millénaire av. J.-C. et désigne une tour à étages rectangulaires. Les trois plus anciennes ont été construites par le roi sumérien Ur-Nammu vers 2 100 av. J.-C. La mieux conservée et restaurée a été mise au jour dans les années 1920 à Ur, dans le pays de Sumer. Elle toujours là, grande et majestueuse… malgré la présence encore récente de l’armée américaine sur place. « C'est la seule clairement désignée comme une ziggourat par sa dédicace », explique Pascal Butterlin, directeur des fouilles de Mari et professeur d'archéologie orientale à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines. Il s'agit d'un imposant édifice en brique crue, qui comprenait au moins deux étages de taille décroissante, voire trois. Dans ses façades alternent des pans de mur en creux et en saillie. La tour de Babel était faite selon la Bible pour monter jusqu’au ciel !


Mais l'équipe de Pascal Butterlin a identifié à Mari, en 2008, une ziggourat sumérienne plus ancienne encore. Cette dernière vient de donner ses premiers résultats. Elle comportait au moins deux étages et présentait le même type de façades que celle d'Ur. En outre, sa tablette de dédicace en bronze la désigne par un terme qui renvoie directement à la tradition des ziggourats : un sahuru. C'est en effet comme cela qu'était nommé le septième et dernier étage de la tour de Babel, où se déroulait un important rituel mésopotamien, le mariage sacré. « À Mari, nous ne savons pas si le terme sahuru, traduit généralement par « vestibule », désigne tout le monument ou seulement une partie, précise Pascal Butterlin. C'est en tout cas la plus ancienne attestation du terme. »


La stratigraphie a démontrée que la ziggourat de Mari a été agrandie à quatre reprises : sa première phase étant datée d'environ 2 600 soit près de 500 ans avant celle d’Ur. Le dernier remaniement, d'après la dédicace, date du règne d'Apil-kin, un roi de Mari contemporain d'Ur-Nammu.


Il reste à comprendre pourquoi cette nouvelle ziggourat est si éloignée de Sumer. Certes, des relations étroites, diplomatiques et économiques, existaient entre Mari et Ur : la fille d'Apil-kin, par exemple, avait été donnée en mariage au fils d'Ur-Nammu. D’autres interrogations portent sur l’origine même de Mari. Ville « typiquement sumérienne » fondée vers 2900 dans les plaines syriennes, Mari doit-elle sa fondation à des colons sumériens cherchant plus d’espaces ? « Mais pour l'instant, il est impossible de dire si Mari est l'initiatrice des ziggourats ou le simple relais, prévient Pascal Butterlin. Du moins tant que les fouilles n'auront pas repris en Irak. »

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